Articles and Essays by Mark Engler

    La guerre en Irak : une expo des nouvelles armes?

    Les fabricants d’armes et leurs publicitaires font invariablement des nouveaux conflits les vitrines de leurs dernières marchandises. Grace à la description flatteuse des systèmes d’armement fournie par les chanes cblées d’informations émettant 24 heures sur 24, l’actuelle guerre en Irak semble déjà s’avérer tre le plus grand Salon de l’armement.

    Mais si nous devons retenir quelque chose de la première guerre du Golfe, c’est que la communication en temps de guerre fournit une vue fondamentalement trompeuse de la course à l’armement et entretient une mauvaise politique de défense.

    Avec cette nouvelle invasion, les missiles Patriot sont de retour. Les images de nuit des missiles lancés pour intercepter les Scud irakiens ont constitué pour les téléspectateurs américains l’image essentielle de la première guerre du Golfe. Symbole des prouesses technologiques américaines, le missile Patriot s’est trouvé en première ligne de l’étalage de nouvelles armes qui ont enthousiasmé les experts.

    Les “succès” du missile Patriot se sont cependant révélés tre de la propagande. Après l’opération Tempte du Désert, quand la plupart des gens avaient cessé d’y proter attention, des enqutes du Congrès ont révélé que les missiles explosant en plein ciel n’étaient pas forcément en train de détruire des Scud ennemis.

    Dans un rapport de 1992, le House Commitee on Government Operations a conclu que “pendant la guerre du Golfe, le missile Patriot n’a pas été le spectaculaire succès auquel le public américain a cru. Il y a peu de preuves montrant que, durant la guerre du Golfe, les missiles Patriot aient touché plus de quelques Scud, lancés par l’Irak, et il y a mme quelques doutes là-dessus.”

    Le Boston Magazine rapporte que, lorsque les premières critiques négatives sont apparues dans la presse, Raytheon, le fabricant des missiles Patriot, a étudié les possibilités de faire retirer son habilitation “secret défense” à Theodore Postal, du MIT, un des principaux critiques.

    Aujourd’hui, les vendeurs d’armes ne sont plus aussi soucieux de cacher la vérité à propos des anciens armements. Ils sont trop occupés à faire l’article des performances de la nouvelle génération de technologie anti-missiles. Malheureusement, il semblerait qu’une erreur d’identification de cible de l’un des nouveaux missiles Patriot soit responsable de la mort de deux aviateurs britanniques rentrant à leur base proche de la frontière koweïtienne (incident annoncé le 23 mars).

    Le désastre du World Trade Center a prouvé qu’un armement coteux n’implique pas nécessairement une sécurité efficace. Il est maintenant temps d’envisager une politique de défense plus intelligente et non plus une accumulation toujours croissante de stocks d’armes surpuissantes.

    Il est déjà probable que la guerre d’Irak ne conduira qu’à la création d’un plus grand stock. Le budget proposé par Bush pour 2003 prévoit 380 milliards de dollars pour le Pentagone, soit une augmentation de 15 milliards de dollars par rapport au budget historiquement important de l’année dernière Et ceci n’inclut pas les fonds consacrés au conflit actuel.

    Le projet de défense anti-missiles “Star Wars” (Guerre des Etoiles), supposé recevoir 9 milliards de dollars rien que pour l’année prochaine, en est sans doute la partie la plus offensive. Comme pour les missiles Patriot, le cour du système est une technologie compliquée de reconnaissance de cible en vol qui, en dépit du soutien du Pentagone, a montré des défauts. D’après les critiques, les leurres, aussi bien dans les essais réussis que dans les échecs, avaient été soigneusement choisis pour leurs différences avec les ogives visées, rendant ainsi leur interception beaucoup plus facile que dans des conditions réelles.

    Une autre raison pour tre sceptique sur cette exposition de nouvelles armes est que, mme si les innovations technologiques fonctionnent, elles ne rendent pas pour autant la guerre plus humaine. Les bombes intelligentes, équipées de systèmes de reconnaissance de cible sophistiqués, en sont un bon exemple. Comme le Christian Science Monitor l’a rapporté récemment, “durant la guerre du Golfe, seules 3 % des bombes bénéficiaient de ce guidage de précision. Ce chiffre est monté jusqu’à 30 % pendant les bombardements de 1999 en Yougoslavie et jusqu’à près de 70 % durant la campagne aérienne en Afghanistan l’année dernière. Pourtant, à chaque fois, le nombre de victimes civiles par rapport au nombre de bombes jetées a augmenté”.

    Les bombes intelligentes peuvent donner lieu à une trop grande confiance en soi, conduisant les officiers à ordonner des attaques qui auraient pu tre considérées comme trop risquées dans le passé, telles des frappes chirurgicales à l’intérieur des villes. Les chiffres indiquent que les civils en paient le prix fort.

    La guerre est toujours la guerre, si sophistiqué que soit l’armement. Pour empocher ces tragédies de s’aggraver, nous avons besoin d’une presse plus critique que jamais. Comme cette nouvelle guerre se poursuit, les reporters doivent défier le pouvoir militaire et demander : “Quelle sera la prochaine intox ?”

    Mark Engler, écrivain new-yorkais, a travaillé avec l'Arias Foundation for Peace and Human Progress, à San Jose au Costa-Rica. Aide au travail de recherche pour cet article : Katie Griffiths. Traduction : Florence Kocher. Coorditrad, traducteurs bénévoles

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